Y avait un aspi, sur l’Bon Coin d’l’enfer,
Tout propre, tout net, un vrai p’tit frère.
Un Rowenta d’compèt, pas un traîne-savate,
Le genre qui t’fait le sol comme une limonade plate.
Le gars d’Berck, il m’répond : "Dispo, ouais, sans souci",
Moi j’lui dis : "Chouette alors ! T’m’l’envoies, c’est parti ?"
Mais le gars, y fait sa moue, il s’la joue livraison propre en main,
Comme si j’étais son voisin, comme si j’étais d’Berck-les-Bains !
Alors j’lui dis qu’j’suis du Gers, du coin du confit d’canard,
Pas d’la Côte d’Opale où les gens sont parfois bizarres.
Un p’tit carton, une étiquette, l’affaire était pliée,
Mais depuis : silence… il a dû s’faire aspirer.
J’aurais pu m’fâcher, lui dire ses quatre vérités,
Qu’un vendeur sans couilles, c’est pire qu’un aspi bouché.
Mais bon, laisse béton, j’suis pas Don Quichotte,
J’ai pas l’temps d’courir l’vent avec Rossinante, sa cocotte.
Y a des coups d’pompe au cul qui s’perdent dans l’Nord,
Et des "comme neufs" qui finissent à la mort.
Tant pis pour lui, tant mieux pour moi,
Son aspi, y finira sûrement chez Ikea.
Alors j’range ma colère, j’l’enroule dans un chiffon,
Et j’pars à la quête d’un aspi moins couillon.
Parce que dans c’monde d’annonces à deux balles,
Y a qu’le bon sens vraiment qu’est en cavale.
